vendredi 5 octobre 2012

L'art des Natives

L'Alaska, c'est aussi le pays des Natives. Et je n'en ai pas beaucoup parlé jusque là. Il faut que je me rattrape!

Depuis l'Europe, on imagine que les premiers habitants de l'Alaska sont des esquimaux qui habitent tous dans des igloos. C'est un peu plus compliqué que cela, je n'ai d'ailleurs de loin pas tout assimilé! Les "Natives", comme on les appelle ici, sont d'abord constitués de tribus très différentes. Mais il est vrai que ce sont eux qui, il y a des centaines d'années, ont développé des techniques imparables pour faire face au froid polaire et chasser dans des conditions extrêmes. Sans leur savoir-faire, les Russes et les Américains n'en auraient pas mené large et n'auraient pas fait fortune avec la fourrure des pauvres loutres et autres bestioles à poil super chaud.

Par exemple, voilà l'ancêtre du goretex (ils ne connaissaient pas le rose ;-)):




Ou une combinaison de plongée, à faire pâlir d'envie le commandant Cousteau:



Des lunettes de soleil (il y a juste une toooouuuuute petite fente pour laisser passer le moins de soleil possible mais quand même voir):


Des habits de poupée trop mignons (comme ça, même les poupées elles n'ont pas froid):


Une spatule en bois rigolote (rien à voir avec le froid, mais elle est sympa):



(tous ces objets viennent du Sheldon Jackson Museum de Sitka)

Quand je suis venue pour la première fois en avril, et que j'ai découvert ce monde polaire, c'était un univers qui s'ouvrait. En Europe, on voit très peu de ces objets et je ne connaissais pas du tout le monde des inuits.

J'ai en particulier craqué sur leurs peintures colorées, produites par les tribus du sud-est de l'Alaska, principalement les Tlingit et les Haida.





(photos prises au State Museum de Juneau)

 

(Village Street, Juneau)

Elles sont en fait réalisées sur un mode très régulier: il existe des formes de base qu'ils peignent en premier en noir (les contours, sorte d'esquisse). Puis, ils ajoutent les couleurs: d'abord le rouge, puis le bleu-vert (à moins que ce soit l'inverse!). A partir de ces règles fondamentales, la créativité est totale. Ce qui est super intéressant, c'est que cette technique a survécu à des centaines d'années. Aujourd'hui, les artistes tlingit-haida produisent des ouvres contemporaines respectant ces règles de base. D'un point de vue européen, l'idée semble bizarre: est-ce de l'art ou de l'artisanat?

A Sitka, un gouverneur, soucieux de sauvegarder le patrimoine native, a créé au début du 20e siècle un parc à totems. Il a fait rapatrier des dizaines de totems qui tombaient en ruine dans différents villages des îles du sud-est et les a placés dans un magnifique parc de forêt humide.




Ces totems font partie de la vie sociale des Natives. Ils racontent des histoires, relatent un fait historique, rendent hommage à une personne décédée, etc. Une sorte de pilier public.

Ce parc à totem a été placé là où les Russes et les Natives se sont battus au début du 19e siècle à Sitka. En 1802, les Tlingit ont gagné puis en 1804 les Russes, épaulés par d'autres Natives (les Aléutiens, du sud-ouest), ont finalement remporté la bataille et envahi l'île Baranov.  


Le casque d'aigle de Katlian, le chef des Tlingit lors de la bataille de 1804. Chez les Tlingit, si j'ai bien compris, il y a deux clans principaux: les aigles et les corbeaux.

J'ai rencontré Tommy, qui a grandi à Ketchikan une autre île du sud-est, et qui a un atelier et une galerie d'art à Sitka. Tommy est sculpteur de totems. Aujourd'hui, il arrive à vivre de son art. Il reçoit des commandes, publiques ou de particuliers, qui lui demandent de raconter une histoire. En respectant les règles de base, il sculpte des troncs de différentes tailles et perpétue ainsi la tradition des ces ancêtres tout en intégrant des considérations actuelles. L'art native est bel et bien vivant.

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