mardi 28 août 2012

Quand la chasse au caribou se transforme en rencontre avec des boeufs musqués

Dommage, nous sommes rentrés du North Slope bredouille. Je suis partie avec Eduardo pour chasser le caribou à l'arc (moi j'aurais juste regardé; tirer à l'arc, ça je ne me suis pas entraînée!). La région est connue pour abriter des centaines de millier de ces bêtes et normalement il paraît que l'on en voit des centaines voire des milliers. Mais cette fois, les chasseurs n'en revenaient pas, il n'y avait pas beaucoup de traces de caribous. On en a vu plein, quand même, mais c'était souvent des femelles. Et Eduardo voulait un mâle. Question de prestige. Ou de galanterie, je n'ai pas bien compris.



Les caribous, c'est un peu comme les oiseaux, ils migrent au gré des saisons. En été, ils se rejoignent tous dans les plaines de l'Arctique pour faire la fête. Comme en Europe, il y en a qui vont à Ibiza ou à Saint-Tropez, eux ils se retrouvent là-bas au chaud. Bon, sauf que dans l'Arctique, en été il ne fait pas vraiment chaud. D'ailleurs, lundi on s'est réveillé sous la neige. Puis, quand arrive l'automne (soit maintenant), ils repartent vers le sud. Et là ils prennent différentes routes. Genre: "Salut, à l'année prochaine!" ou adieux déchirants "Oh, non tu prends la route de l'Est, moi je prends la route du Sud. On garde contact, hein? On pourra skyper".



Nous on avait décidé de suivre le troupeau de près de 200 000 caribous qui descendent de l'Arctique vers le Sud. Eh ben on en aura vu une cinquantaine à tout casser. A la place, je me suis fait un joli moment de frayeur.

Dimanche après-midi, on observait tranquillement depuis notre campement les collines environnantes à l'affût d'une éventuelle proie. Tout d'un coup, un caribou avance dans notre direction. Eduardo empoigne son arc, me laisse galamment le gun et me dit: "Surtout ne bouge pas!". Il est 18h, il fait environ 5° et je porte ma veste rose fuchsia et mon bonnet à pompon (oui, je sais, c'est pas une tenue de camouflage correcte...). Très responsable, je me dis que je ne vais surtout pas ruiner la seule occasion du week-end. Alors je me tais, je ne bouge pas. Quinze minutes, trente minutes, 45 minutes... Il y a du vent, il fait toujours 5° et surtout je suis seule au milieu du North Slope et j'imagine déjà l'Ours qui m'attaque et le Chasseur n'est toujours pas revenu... Soudain, au loin, je vois trois grosses formes noires. Eduardo avait vu des boeufs musqués quelques heures plus tôt, alors je me dis que ça doit être eux. Il a évidemment pris les jumelles avec lui, je ne peux donc pas vérifier.



Finalement, j'ai quand même vraiment froid, et j'ai envie d'aller chercher une couche supplémentaire à la voiture qui se trouve à 10 mètres du campement en direction des formes noires. Tant pis pour le caribou. Je relève la tête et là je vois que les formes noires se sont sérieusement rapprochée. Elle ne sont plus qu'à environ 100 mètres de moi et tout d'un coup elles ont l'air d'être des grizzlis. Panique à bord, de toute façon, grizzlis ou boeufs musqués, je n'ai aucune envie de me retrouver nez à nez avec elles. Alors j'empoigne le Glock (je suis bien contente de savoir m'en servir), je maudis mon goût pour le rose et les jolis habits (oui, parce que les tenues de camouflage de chasseur sont vraiment super moches), je rassemble toutes mes techniques de Gendarmes et Voleurs et Cache cache acquises pendant l'enfance (c'est tout ce que je trouve, vu que mon expérience de chasse est plutôt réduite), je mobilise le peu de culture de films de guerre américains que j'ai, et je me mets à plat ventre pour avancer sans qu'on me voie. Petite parenthèse botanique: dans le North Slope, c'est la toundra, il n'y a donc pratiquement pas d'arbres, ou alors pas grands, et ce sont surtout des buissons TRES bas.

J'utilise la voiture pour avancer cachée (je suis très fière de ma technique) et j'y parviens sans que les bêtes ne m'aperçoivent. Bien sûr comme dans un film, je n'arrive pas à ouvrir la portière, alors je dois aller à l'autre portière et m'exposer aux animaux. Ils ne font pas mine de me voir. Et ouf, j'arrive à m'enfermer dans la voiture. Les bestioles ont avancé mais je n'arrive toujours pas à dire si ce sont ces fameux boeufs musqués ou des ours. Mais maintenant je vois qu'ils sont quatre et qu'il y a un bébé, un très gros (le mâle?) et deux plus moyens (deux femelles?). Et ils avancent toujours! Enfin, je vois que ce sont bien des boeufs musqués, et je n'espère qu'une seule chose: qu'ils ne vont pas charger la voiture!!!




Finalement, la petite famille passe son chemin, derrière la voiture. J'en profite pour faire deux réflexions biologiques hautement complexes: les boeufs musqués sont sans doute daltoniens et... polygames. A ce moment, le Chasseur arrive, sans caribou, mais il est ravi: il peut empoigner son téléobjectif et mitrailler les animaux.

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